On se souviendra longtemps de ce 14 juillet 2024.
Une fête nationale sur fond d'insurrection qui nous a privé de défilé militaire, de feu d'artifice et de toutes les réjouissances habituelles. Le cœur n'y était pas quant aux forces de l'ordre c'est sur le terrain, plutôt qu'en défilant, qu'elles nous démontrent tous les jours leur savoir-faire.
Un 14 juillet gâché mais comment pouvait-il en être autrement alors que depuis deux mois maintenant, nous vivons au quotidien un déchainement de haine et de violences qui semble sans fin et que l'angoisse des lendemains étreint maintenant tous les calédoniens.
Ils ont tout détruit avec une fureur indécente et incompréhensible et rien ne semble pouvoir arrêter cette escalade quand, cette semaine, c'est à la mission de Saint Louis qu'ils s'en sont pris remettant en cause l'un des rares consensus qui subsistait.
En Calédonie, on respecte les valeurs chrétiennes, qui sont un pilier et un point d'ancrage de la société. En Calédonie, on ne touche pas à la religion et aux lieux de culte. Cette ultime exaction aux allures de sacrilège a choqué au-delà de la communauté catholique et elle ne trouvera aucune excuse, ni aucune justification.


Mais après deux mois de terreur et de violences récurrentes et absurdes, dont on ne sait plus l'objectif qu'elles poursuivent, ni même s'il y en a un, les calédoniens n'en peuvent plus.
Il faut que cela cesse. Il faut retrouver un semblant de normalité. Il faut pouvoir recommencer à vivre, à travailler, à aller l'école, à se soigner, à circuler librement. Il faut pouvoir faire des projets et envisager de reconstruire et de redémarrer.
Ça ne peut plus durer. Chacun en a conscience.


C'est dans ce contexte d'angoisse quasiment existentielle que la présidente de la Province Sud a choisi ce 14 juillet pour renverser la table.
Et pour dire des choses qui vont forcément heurter. "Puisque le vivre ensemble est un échec et que l’affrontement n’est plus tolérable, marchons côte à côte" déclare Sonia Backès dans une déclaration solennelle où elle propose une réforme constitutionnelle qui vise à l’autonomisation des provinces.
Autonomisation. Le mot va faire hurler c'est certain !
Et notamment tous ceux qui pensent que la provincialisation est antinomique d'une Calédonie qu'ils veulent une et indivisible.
Et pourtant ! Cette idée de donner davantage de compétences et d'autonomie aux provinces est dans l'air du temps. Elle est évoquée régulièrement, depuis plusieurs années maintenant, dans le droit fil des accords de Matignon qui avaient ramené la paix, il y a 36 ans, en créant précisément les trois provinces, sous l'égide de Michel Rocard.
Pierre Frogier a proposé la différenciation provinciale. Pierre Brétégnier revendique un territoire fédéral de la Nouvelle-Calédonie. L'idée à chaque fois est la même. Celle de constater qu'il n'existe pas de peuple calédonien mais qu'il existe en Calédonie, deux légitimités qui ont le même droit de vivre sur cette terre et qui, même si elles veulent vivre ensemble, ne veulent pas vivre de la même manière.
Bizarrement, à chaque fois qu'elle est évoquée, cette idée est combattue et caricaturée, au lieu d'être travaillée, débattue et examinée.
Et elle est affublée du terme de partition, ce qui est censée la condamner d'emblée et la rendre infréquentable.
Mais les esprits ont évolué depuis deux mois et des réalités sont apparues.
Après huit semaines de terreur organisée, pas sûr que les apôtres du vivre ensemble aient encore beaucoup de succès.
Dans toute une partie de la population, les mots de la présidente de la Province Sud trouveront sans doute un écho quand elle affirme que le projet d’une Nouvelle-Calédonie institutionnellement unie et fondée sur un vivre ensemble est révolu parce que les indépendantistes radicaux l'ont tué.


Ce qui est sûr, c'est que nous fêterons d'autres 14 juillet.

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